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Chemins de retour vers Soi. Textes de réflexion, de méditation, d'intériorisation.

Le changement

Nous sommes à la recherche perpétuelle d’un équilibre entre la liberté à laquelle aspire tout être humain (qui n’est pas la liberté intérieure du sage ou du mystique) et l’égalité sans laquelle aucune structure sociale ne peut tenir. Selon que l’une ou l’autre est privilégiée, nous expérimentons toujours le conflit, l’exacerbation de l’égocentrisme ou la destruction de toute créativité.

Ce n’est pas l’égalité des droits et des devoirs dont nous parlons ici, qui, elle, est indispensable, mais l’utopie égalitaire qui nie les différences, tue la créativité si « dérangeante », rejette la nouveauté, l’inconnu, et finalement crée la peur de l’autre. Dans un système égalitaire, il n’y a plus de transformation intérieure possible, car plus aucune rencontre véritable de l’autre, et donc plus aucun accueil possible de ses différences, ni plus aucun accueil du dynamisme vital, foisonnant, exubérant, imprévisible, de la créativité universelle qui nous traverse. Au final, c’est l’amour qu’on tue.

Il est parfaitement vain d’essayer d’établir et d’harmoniser la liberté et l’égalité sociale sans une profonde compréhension de la nature véritable de l’être humain. C’est elle seule qui nous fera vivre dans une vraie fraternité. La fraternité est au cœur de la conciliation entre liberté et égalité. C’est la conscience d'une seule et unique Présence en chacun de nous qui laisse l’autre libre d’exprimer qui il est dans toute sa créativité et son unicité. C’est cette conscience qui permet de ressentir que mes émotions, mes souffrances, sont communes à celles de toute l’humanité et que toute blessure infligée à l’autre est également infligée à moi-même.

Derrière ce monde respire un autre monde, une autre réalité. Ces deux mondes sont reliés. Par le Souffle qui traverse le vivant. Dès que nous nous tenons dans la conscience de cette énergie cosmique puissante, nous devenons cette énergie. Dès lors, où se trouve la séparation d’avec l’autre, qui crée tant de souffrances ?

Ce secret de l’invisible reliance ne peut être cherché dans le temps historique, celui qui détruit ce qui est créé, et dont l’accélération du rythme nous laisse déconcertés. Ce temps est le fait de la pensée, le vecteur de tous nos désirs et de nos projections mentales. Notre monde pourra t-il se transformer tant que l’être humain s’inscrira entièrement dans ce temps, dans la progression historique considérée comme un facteur de nouveauté permanente ?

Notre conception linéaire de la vie, qui accorde à chaque fait historique une valeur sacralisée de nouveauté, nous entraine dans une fausse croyance en un progrès infini qui épuise la terre comme il nous épuise.

Cette pression de l’histoire laisse peu de possibilités à l’être humain pour écrire sa propre vie, pour retrouver un autre temps, tout intérieur, où il a la liberté essentielle, celle d’être le créateur de sa propre « histoire », qui prend appui sur la Présence en lui, en Laquelle est toute force de vie. Il s’agit de naître à cette intelligence de nos profondeurs, afin de pénétrer le sens des événements derrière leur apparence factuelle et parfois douloureuse.

Celui qui est étranger à lui-même, à son être intérieur, qui a perdu le contact, ne peut qu’errer dans ce monde confus, désacralisé, coupé d’avec ce qui le fonde. Il survit dans un chaos généralisé qui déchaîne des radicalités extrêmes, angoissé par la perte totale des valeurs, sans possibilité de sentir l’autre monde qui respire derrière.

Si nous n’occupons pas en conscience notre propre espace intérieur, nous ne pouvons qu’errer dans ce labyrinthe temporel que représente notre monde. Nous restons des spectateurs passifs et donc consentants de la gigantesque entreprise de divertissement orchestrée, minutieusement programmée. Nous demeurons coupés de l'élan créateur cosmique, complices de ceux qui s’acharnent à le paralyser, hommes de pouvoir étrangers à leur espace de conscience.

Ne sommes-nous pas des êtres responsables, matures, qui nous sommes engagés, en nous incarnant, à prendre soin de la vie ? Prendre soin de la vie, c’est refuser de devenir un simple spectateur de sa propre vie, repu d’images, à la fois passif et compétitif.

Un être responsable est exigeant dans l’observation de ses pensées, de ses comportements, dans la remise en question de ce qui n’est pas lui. Il se pose la question : qui suis-je véritablement ? Suis-je un être de bonté, de sagesse ? Quel est le potentiel d’accomplissement qui m’a été dévolu au commencement ? C’est cette attention à soi, exigeante et bienveillante, cette présence unique à soi, qui fait de chacun de nous un être pleinement vivant.

Un être responsable a compris que le libre-arbitre laissé à l’homme lui permet de discerner avec conscience la vibration éternelle de vie parmi les mille possibles que son esprit peut créer en ce monde. Un être responsable est celui qui donne sens à son pèlerinage sur terre et comprend ce qu’il expérimente. Il se sent libre, libre d’une liberté intérieure, la seule qui compte, celle qui accueille au sein d’un espace intérieur qui s’ouvre toujours davantage à ce qui est présent. C’est cette ouverture qui conduit à une intelligence libératrice. Cette liberté ne connait ni règle, ni laxisme. C’est une terre de rigueur et d’amour infini. Seul l’amour peut discerner ce qui est vrai, ce qui est juste. Amour et connaissance sont indissociables. La liberté ne consiste pas à choisir mais à connaitre, directement, spontanément, ce qui est en accord total avec la situation présente et à s’y engager avec responsabilité. C’est la liberté d’une conscience vaste, qui porte en elle toute l’humanité passée et à venir, et plus encore…

 

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